Vue d’ensemble d’Uxmal
Le Bâtiment Sud en premier plan du Quadrangle des Nonnes est une structure essentielle qui sert d'entrée solennelle à l'ensemble du complexe.
Au centre de l'édifice se dresse un grand passage en voûte maya, un arc monumental (Voûte corbelée) qui sert de porte d'entrée principale, permettant d'accéder à la cour intérieure depuis l'extérieur du quadrangle.
Lorsque l'on franchit cet arc depuis l'extérieur, il offre une vue cadrée spectaculaire sur le grand Bâtiment Nord situé en face.
Dans la cosmologie maya, le Bâtiment Sud, étant situé au niveau le plus bas des quatre bâtiments du complexe, symbolisait le monde terrestre ou l'Infra-monde (Xibalba), tandis que le Bâtiment Nord, plus élevé, représentait le monde céleste.
Plan archéologique d’Uxmal
Le plan révèle une ordonnance cérémonielle rigoureuse, articulée autour de vastes places et esplanades dégagées. Les monuments s'organisent selon une orientation préférentielle et sont reliés entre eux par un réseau de sacbés, ces voies sacrées et chaussées cérémonielles surélevées qui structuraient la circulation au sein du centre urbain maya.
Le Secteur Nord-Est est dominé par l'imposante Pyramide du Devin (ou du Magicien), édifice majeur aux contours arrondis qui marque l'accès oriental du cœur cérémoniel. Immédiatement à sa proximité s'étend le Quadrilatère des Nonnes, vaste complexe palatial composé de quatre bâtiments fermant une grande cour centrale.
Le Secteur Central offre l'alignement du Jeu de balle, terrain rituel inséré entre le Quadrilatère des Nonnes et l'immense terrasse réservée au pouvoir politique et religieux.
Le Secteur Sud et Sud-Est rassemble plusieurs édifices de premier ordre établis sur de puissantes plateformes artificielles. On y observe le Palais du Gouverneur, remarquable par son développement horizontal, la Maison des Tortues, ainsi que le complexe de la Maison des Colombes et la Grande Pyramide qui culmine au sud de la grande esplanade.
Les Secteurs périphériques, à la marge orientale du complexe intègrent le Groupe du Cimetière, tandis que des chaussées s'étirent vers d'autres structures périphériques et enceintes cérémonielles.
La région souffrant naturellement d'un manque de sources d'eau permanentes (absence de rivières ou de cénotes profonds à proximité immédiate), le culte rendu au dieu de la pluie Chac y tenait une place centrale, ce qui explique l'omniprésence de ses masques aux longs nez caractéristiques sur les façades des édifices.
Cette vidéo propose une visite guidée visuelle des principaux monuments du site d'Uxmal, dont le Quadrangle des Nonnes et la Pyramide du Devin (Uxmal, la belle inconnue du Yucatan mexicain).
Le Quadrangle des Nonnes (Cuadrángulo de las Monjas)
On y aperçoit plusieurs éléments du complexe :
Le Bâtiment Nord (à gauche) : C'est le plus imposant et le plus surélevé du complexe, reposant sur une haute terrasse accessible par un grand escalier. Sa façade supérieure est ornée de plusieurs façades élaborées et de sculptures caractéristiques.
Le Bâtiment Ouest (à droite) : Il se distingue par ses frises richement sculptées représentant des masques de Chac (dieu de la pluie), des figures géométriques et des serpents entrelacés.
Le Bâtiment Est (au premier plan) : L'arrière de son toit plat est bien visible depuis ce point de vue surélevé.
L'environnement naturel : À l'arrière-plan s'étend à perte de vue l'épaisse jungle de la région du Puuc, soulignant la manière dont la cité maya s'intégrait dans son paysage forestier.
Le Temple des Tables
Le nom « Temple des Tables » (Templo de los Tableros ou Temple of the Tables) provient des structures découvertes lors des fouilles au sommet du bâtiment et dans son portique. Des dalles ou d'imposantes « tables » monolithiques en pierre étaient supportées par de petits personnages sculptés (les Atlantes). Ces dalles servaient d'autels ou de plateformes sacrées destinées à recevoir des offrandes cérémonielles, du copal ou des objets de culte.
Comme la plupart des édifices de Chichen Itza, le Temple des Tables a connu plusieurs phases de remaniement et de surélévation. Les archéologues y ont identifié des structures antérieures emboîtées sous la phase visible actuelle.
Au début du XXᵉ siècle, la structure se trouvait à l'état de ruine partiellement effondrée. Les campagnes d'anastylose (restauration archéologique) ont permis de consolider le temple supérieur, de remonter l'escalier latéral et de restituer la géométrie cubique du sanctuaire telle qu'on l'observe aujourd'hui.
La photo montre bien en effet une structure dont on devine une restauration relativement récente en particulier au niveau de l’escalier et du temple supérieur.
La frise des Serpents Entrelacés (Serpientes Emplumadas)
Au centre du panneau nommé Les Serpents Entrelacés (Serpientes Emplumadas), sur un fond de treillis en pierre (rejillado), on distingue nettement le corps ondoyant d'un serpent dont la tête stylisée s'avance vers la droite. Plus haut se trouve la queue plumée ou le corps entrelacé d'un second serpent.
La Frise avec un motif en treillis de pierre (Xicalcoliuhqui) est divisée en panneaux encadrés par des décors en croisillons et en nattes tressées (pop), symboles de royauté et de pouvoir chez les Mayas. À droite de la composition, au centre du motif de grecque (meandro), on aperçoit une petite statuette anthropomorphe en saillie, ainsi que des assemblages de motifs abstraits et géométriques.
Il s’agit là du pur style Puuc d'Uxmal. Contrairement au Codz Poop de Kabah (notre prochaine étape), qui privilégie la répétition systématique et presque obsessionnelle du masque de Chaac sur toute sa surface, l'architecture d'Uxmal utilise un répertoire décoratif beaucoup plus varié, combinant masques de Chaac, serpents, grecques géométriques et figures humaines.
Le Bâtiment Ouest du Quadrilatère des Nonnes est célèbre pour ses frises où deux grands serpents à plumes s'entrelacent tout au long de la façade, leurs gueules ouvertes enserrant parfois des visages humains, symbolisant le lien entre le monde terrestre et le cosmos souverain.
Frise décorative du Bâtiment Est du Quadrangle des Nonnes
Cette frise très élaborée combine plusieurs éléments iconographiques sacrés de la cosmologie maya.
La figure de la chouette / du hibou (Moan) : Au centre de la composition se trouve la sculpture d'un oiseau de nuit (hibou ou chouette) représenté de face avec de grandes ailes déployées en forme d'éventail orné de plumes stylisées. La chouette (Moan ou Muan dans la tradition maya), messagère de l'Infra-monde et guerrière, est une créature associée à la nuit, au monde souterrain (Xibalba), au présage et aux rituels de sacrifice ou de guerre.
Le croissant / la barque lunaire : Le corps de l'oiseau repose sur un motif semi-circulaire concave ressemblant à une barque ou à un croissant de lune, symbole directement lié au culte astral et au cycle nocturne.
Les motifs géométriques et les réseaux en croisillons : De part et d'autre de la figure centrale s'étendent des motifs géométriques en forme de croisillons (mosaïque en treillis) et de spirales/crochets (grecas). Ces figures représentent les éléments cosmiques, les serpentements divins ou le tissu sacré de l'univers.
Les masques de Chac : Tout en haut du registre (sous le rebord de la corniche), on distingue une rangée de petits masques stylisés du dieu de la pluie, Chac, identifiables à leurs éléments géométriques empilés.
La disposition géographique de ce motif sur le Bâtiment Est du quadrangle a une signification cosmique précise : dans la cosmologie maya, l'Est (l'orient et le Soleil levant) est la direction de la renaissance, associée à l'apparition du Soleil (K'inich Ajaw) et à la planète Vénus (Eek').
Placer la chouette nocturne sur la façade Est illustre le moment critique (la transition nuit/jour) où le monde de la nuit et de la mort cédait sa place à la lumière, symbole de la régénération perpétuelle du monde et de la cité d'Uxmal.
Pyramide du Devin depuis la place
Le Bâtiment Est (Edificio Este) du Quadrangle des Nonnes – au premier plan à gauche, dont on aperçoit en angle la façade richement sculptée du bâtiment oriental du Quadrangle des Nonnes ;
La Pyramide du Devin (Pirámide del Adivino ou du Magicien), vue ici depuis son côté ouest/sud-ouest, se dressant de manière spectaculaire sur la plaine environnante. Le temple au dessus de la pyramide est connu sous le nom de Temple IV, dont la porte est sculptée sous la forme d'un immense masque géant du dieu Chac engoulant l'entrée.
L'espace dégagé entre le bâtiment du Quadrangle et la Pyramide souligne la proximité immédiate de ces deux ensembles majeurs du cœur cérémoniel d'Uxmal, destinés à des fonctions religieuses et administratives de premier ordre.
Le cadrage de la photo oppose la monumentalité horizontale du Quadrangle des Nonnes au premier plan à l'élancement vertical de la Pyramide du Devin en arrière-plan. À l'horizon, la jungle s'étend à perte de vue sous un ciel lourd, mettant en valeur la hauteur de la pyramide qui domine la canopée de la région du Puuc.
Le Temple-masque de la Pyramide du Devin
On distingue le grand escalier monumental de la façade Ouest menant au temple intermédiaire (Temple IV), dont l'entrée prend la forme de la gueule béante du monstre de la terre / dieu de la pluie Chac. Au sommet trône le petit temple final (Temple V).
Contrairement à la majorité des pyramides mésoaméricaines qui possèdent une base carrée ou rectangulaire, la Pyramide du Devin possède une base elliptique (ovale) aux coins arrondis, ce qui est extrêmement rare dans l'architecture maya.
La pyramide actuelle est le résultat de cinq étapes de construction successives étalées du VIᵉ au Xᵉ siècle apr. J.-C., chaque nouveau temple étant bâti par-dessus le précédent sans détruire entièrement les structures sous-jacentes : Le Temple I, le plus ancien, situé à la base de la façade Est (aujourd'hui en grande partie recouvert), le Temple II, accessible par une ouverture dans la façade Est, le Temple III qui est un petit sanctuaire interne, le Temple IV situé sur la façade Ouest (bien visible sur la photo avec son entrée en forme de masque géant de Chac), et enfin le Temple V sommital, édifié dans le style Puuc classique avec des motifs géométriques en grilles et filigranes.
Le nom de « Pyramide du Devin » ou « Pyramide du Magicien » provient d'une célèbre légende populaire maya recueillie après la Conquête (La légende du « Nain d'Uxmal ») : selon le conte traditionnel, la pyramide aurait été construite en une seule nuit par un nain né d'un œuf magique. Élevé par une sorcière, ce nain aurait défié le gouverneur (roi) d'Uxmal dans une série d'épreuves de force et d'esprit. Ayant réussi à bâtir cette gigantesque pyramide du jour au lendemain, il devint le nouveau souverain de la cité.
Le Quadrangle des Nonnes et la Pyramide du Devin
Contrairement à moi, le photographe a opté ici pour un plan large horizontal qui permet d'intégrer dans un même cadre les deux pôles monumentaux majeurs du site : le Quadrangle des Nonnes qui déploie ses lignes horizontales sur la partie gauche, et la Pyramide du Devin qui s'élance verticalement sur la droite.
La photo est d’un grande qualité au niveau du cadrage (règle des tiers et l'équilibre des masses). La pyramide, par sa masse imposante et sa clarté, sert de contrepoids visuel fort sur le tiers droit, tandis que l'ensemble palatial des Nonnes occupe solidement le tiers gauche. L'espace vide de verdure au centre et le ciel au-dessus laissent respirer la composition.
La ligne d'horizon est placée un peu au-dessus du tiers inférieur, ce qui accorde une importance primordiale au ciel nuageux et dramatique, accentuant l'atmosphère solennelle des ruines.
Le cliché a été pris sous un ciel couvert mais lumineux, caractérisé par de lourds nuages gris. Cette lumière diffuse évite les ombres trop dures et met en valeur la texture minérale des pierres calcaires des monuments sans brûler les blancs.
On observe la palette typique des diapositives anciennes (type Kodachrome ou Agfacolor) : des verts profonds et saturés pour la végétation tropicale de la région du Puuc, contrastant avec les teintes grises et ocre pâle de la pierre ancienne.
Le piqué de l'image est globalement bon pour une diapositive argentique numérisée, restituant les détails architecturaux des façades et des strates de la pyramide.
L’escalier oriental de la Pyramide du Devin
L'escalier oriental : À droite du cliché se dresse l'imposant escalier direct et vertigineux qui mène jusqu'au sommet de la pyramide.
Le Temple I (à la base) : En bas de cet escalier oriental se trouve l'entrée d'un petit sanctuaire rectangulaire (aperçu sous forme d'ouverture sombre), correspondant à la plus ancienne phase de construction (Temple I).
Les contours arrondis : La partie gauche de la photo met en relief les angles adoucis et le profil ellipsoïdal de la base, caractéristique unique de cette pyramide.
Le cadrage serré et la contre-plongée accentuent la raideur impressionnante des marches et la hauteur monumentale de l'édifice, qui culmine à près de 37 mètres. On perçoit clairement les différentes strates et terrasses superposées qui témoignent des phases successives de construction orchestrées par les architectes mayas au fil des siècles. En haut à droite de l'escalier, on distingue de minuscules silhouettes humaines, ce qui offre une échelle saisissante de la grandeur du monument.
En haut à gauche du cadre, un projecteur d'éclairage moderne signale les installations du spectacle nocturne « Son et Lumière » d'Uxmal.
La Grande Pyramide et La Maison des Colombes
La Grande Pyramide (Gran Pirámide) – au premier plan à gauche est une pyramide à degré de plus de 30 mètres de hauteur. Le temple supérieur présente des frises ornées de motifs géométriques et de masques sculptés. Cette façade nord partiellement restaurée, est dominée par un grand escalier monumental à neufs degrés menant au temple supérieur (souvent appelé le Temple des Aras ou Templo de las Guacamayas). Chez les Mayas, l'ara rouge (Mo') était indissociable du Soleil zenithal et du feu céleste.
La Maison des Colombes (Casa de las Palomas) se trouve à l'arrière-plan à droite, avec la silhouette très reconnaissable du toit crénelé de ce complexe palatial. L’édifice doit son nom à ses neuf crêtes ajourées en pierre (cresterías) perforées d'ouvertures triangulaires qui évoquent des pigeonniers ou des colombiers. Ce complexe s'organisait autour d'une cour fermée. Il s'agissait d'un ensemble palatial ou d'un centre administratif lié à l'élite dirigeante, conçu pour impressionner les visiteurs approchant du cœur cérémoniel de la cité.
En 1978, la Grande Pyramide d'Uxmal (La Gran Pirámide) présentait encore cet aspect en grande partie enseveli, recouvert de végétation et de terre. Bien qu'une première campagne de dégagement et de restauration de sa façade nord et de son grand escalier ait eu lieu vers 1969, la majeure partie du volume de la pyramide est restée enfouie sous les décombres et la jungle pendant de nombreuses années.
La prise de vue fait ressortir la masse impressionnante de la Grande Pyramide à gauche, tout en offrant un recul sur la structure ajourée de la Maison des Colombes en contrebas, partiellement intégrée dans la végétation.
Le Palais du Gouverneur et la Maison des Tortues
Le Palais du Gouverneur (Palacio del Gobernador) – à gauche, est un édifice imposant, long d'environ 100 mètres, qui domine le sommet du grand sous-bassement. Il est considéré comme l'un des plus grands chefs-d'œuvre de l'architecture précolombienne en Amérique. Sa façade supérieure comprend des milliers de pierres sculptées formant des frises géométriques, des serpents et des masques du dieu Chac.
La Maison des Tortues (Casa de las Tortugas) – à droite est un édifice plus petit, rectangulaire et élégant, repose sur la terrasse immédiatement inférieure. Il doit son nom aux magnifiques sculptures de tortues qui ornent la corniche supérieure de sa façade.
Le contraste réussi entre la monumentalité allongée du Palais du Gouverneur et la sobriété élégante de la Maison des Tortues à sa droite
La prise de vue veut mettre en valeur le travail de terrassement colossal effectué par les Mayas. Pour faire ressortir le Palais du Gouverneur et lui donner cette position dominante, une immense plateforme artificielle en pierre a été bâtie au-dessus du relief naturel.
Le feuillage d'un arbre au premier plan cadre la scène. On observe le contraste entre la monumentalité allongée du Palais du Gouverneur et la sobriété élégante de la Maison des Tortues à sa droite. La pelouse verdoyante au bas et le ciel chargé de nuages suggèrent un climat humide et tropical, propice à la végétation luxuriante de la région du Puuc.
Pyramide de la Vieille Femme
La structure pyramidale non restaurée / en ruine (à droite) est l'un des monticules pyramidaux périphériques ou partiellement dégagés d'Uxmal (très probablement la structure connue sous le nom de Pyramide de la Vieille Femme / Pirámide de la Vieja).
On aperçoit sur son flanc droit un vestige de maçonnerie ou de structure en pierre qui se dresse encore, tandis que le reste du relief est recouvert de terre et de végétation.
La ligne d'horizon laisse apparaître une chaîne de petites collines ondulées et c’est un détail géographique particulièrement important : le terme maya Puuc signifie précisément « collines » ou « relief bas ». Ce paysage vallonné est unique dans la péninsule du Yucatán, qui est autrement une vaste plaine calcaire extrêmement plate.
Ce cliché offre une perspective sur la manière dont la cité maya émergeait de l'épaisse jungle tropicale sèche (la selva du Yucatán). Contrairement aux monuments centraux restaurés (Pyramide du Devin, Palais du Gouverneur, Quadrangle des Nonnes), cette image rappelle qu'une grande partie des cités mayas demeure encore enfouie sous la végétation et le sol accumulation au fil des siècles.
L'immensité du manteau végétal sous un ciel laiteux souligne l'isolement et la majesté sauvage des vestiges d'Uxmal dans leur environnement naturel.