Chichén Itzá fut maya puis toltèque du Postclassique. En 1978, le site n’était pas encore inscrit au patrimoine mondial (il le sera en 1988). Chichén Itzá fut la dernière étape du voyage avec en symbole la célèbre silhouette de sa pyramide
La pyramide d’El Castillo
Cette imposante structure pyramidale à degrés s'élève selon une symétrie rigoureuse, composée de neuf terrasses superposées symbolisant l'inframonde, dont les parements sont rythmés par quatre escaliers monumentaux orientés vers les points cardinaux.
L'ascension de ces volées de marches, chacune comptant quatre-vingt-onze degrés, mène au temple rectangulaire, sanctuaire ultime couronnant cet édifice funéraire et calendaire. La rigueur de la construction de cette pyramide, vue ici sous une lumière diffuse et un ciel d'un gris éteint, ne fait que souligner sa grandeur intemporelle, rappelant l'ingéniosité d'une civilisation disparue qui a su inscrire le temps et le sacré dans l'architecture même, faisant d'El Castillo un monument aussi scientifique que religieux.
Sous un ciel lourd, cette silhouette est sans doute la plus connue du Mexique ancien, photographiée avant sa transformation en icône mondiale.
Le plan archéologique de Chichén Itzá
Quelques erreurs sur les noms subsistent malgré les tentatives de correction de l’image générée par IA
Ce plan archéologique en perspective cavalière dévoile la topographie monumentale site maya de Chichén Itzá, inscrit au cœur d'une végétation luxuriante dont le manteau forestier enlace les vestiges cérémoniels.
Au centre de cette vaste esplanade dégagée domine la Pyramide d'El Castillo, axe spirituel et géométrique autour duquel s'articulent les édifices majeurs tels que le Grand Jeu de Balle à sa proximité septentrionale, le Temple des Guerriers flanqué du Groupe des Mille Colonnes, ainsi que diverses structures rituelles comme la Plateforme de Vénus, la Plateforme des Aigles et Jaguars et le Tzompantli.
Vers le sud, se trouvent d'autres ensembles d'une grande importance sacrée et scientifique, notamment la structure circulaire d'El Caracol — l'Observatoire astronomique —, la Casa de las Monjas, ainsi que l'Ossuaire, tandis qu'en arrière plan se détache la cavité circulaire du Cénote Sacré, point d'eau qui fut un lieu d'offrandes rituel.
Escalier aux serpents
D’imposantes têtes de serpent sculptées (symbolisant le dieu serpent à plumes, Kukulcán) ornent la base des rampes.Elle se situe sur la Grande Place, au nord de la pyramide d'El Castillo, le long de l'allée mène au Cénote Sacré. Elle servait de tribune pour des rites et cérémonies religieuses en l'honneur de la planète Vénus.
Le Grand Jeu de Balle
Le Grand Jeu de Balle de Chichén Itzá est le plus vaste et le mieux conservé de toute la Mésoamérique, mesurant 168 mètres de long sur 70 mètres de large.
Les Murs latéraux verticaux, contrairement aux terrains plus anciens de style Puuc (comme celui d'Uxmal) qui possèdent des rampes inclinées, comporte deux imposants murs verticaux parallèles de plus de 8 mètres de haut.
Les anneaux en pierre (anneaux de buts), encastrés verticalement dans le mur, sont en pierre sculptée ornés de serpents à plumes entrelacés. Ces anneaux perforés servaient de « cibles » à travers lesquelles la balle devait passer.
Le Temple du Nord (Templo del Norte ou Templo del Hombre Barbado), se dresse, surélevé, tout au fond de l'allée centrale. Il offrait une position privilégiée aux dirigeants ou prêtres pour observer la cérémonie.
L'architecture de cette cour crée une acoustique exceptionnelle : un murmure prononcé à une extrémité de l'allée peut être entendu distinctement à l'autre bout, à plus de 150 mètres.
Le Jeu de Balle
Le symbolisme cosmologique
Le terrain représentait une porte d'entrée vers l'Infra-monde (Xibalba), mettant en scène la lutte de la lumière et des ténèbres. La balle en caoutchouc massif (représentant le Soleil ou la Lune) devait être maintenue en mouvement sans toucher le sol, simulant ainsi la course perpétuelle des astres à travers le ciel et leur triomphe sur les forces obscures.
À la fin de certaines parties cérémonielles, des décapitations rituelles avaient lieu (le capitaine ou des membres de l'équipe). Le sang versé était considéré comme une offrande suprême pour régénérer la terre, assurer la pluie et garantir la fertilité des cultures (notamment le maïs). Les bas-reliefs situés au bas des murs de ce terrain illustrent d'ailleurs ces scènes de décapitation d'où jaillissent des serpents (symboles de sang et de fertilité), comme le montre la prochaine photographie.
Le jeu de balle avait une fonction politique, servant parfois d'alternative à la guerre pour régler des différends territoriaux ou politiques entre cités ou factions rivales.
Il assurait aussi la légitimation du pouvoir royal. En organisant et en participant à ces rites spectaculaires, les élites politiques et religieuses réaffirmaient leur rôle de médiateurs entre le monde des humains et le monde divin.
Scène du bas-relief du Grand Jeu de Balle
Cette scène gravée en bas-relief sur l'un des six panneaux sculptés qui ornent la base des deux murs latéraux du terrain de jeu de balle de Chichén Itzá, est un épisode rituel d'une grande intensité dramatique.
Au centre inférieur de la scène figure la grosse balle centrale en caoutchouc massif. Elle contient en son centre le dessin gravé d'un crâne humain, symbolisant la mort et la transformation.
À côté de la balle, à gauche, se tient le joueur à genoux qui vient d'être décapité. De son cou tranché jaillissent sept jets de sang représentés de manière stylisée sous la forme de serpents aux langues bifides (symbole d'énergie vitale), tandis que le jet central s'épanouit en une tige végétale chargée de fleurs et de fruits (symbole de régénération).
Le vainqueur / le sacrificateur (à droite), debout, tient d'une main le couteau de sacrifice (obsidienne ou silex) et de l'autre la tête coupée de la victime. Il porte la tenue rituelle complète du joueur de pelote (genouillères, plastron, coiffe de plumes imposante).
D'un point de vue anthropologique et religieux maya, cette scène illustre des rituels fondamentaux de la Mésoamérique. Contrairement à la perception moderne du jeu comme simple divertissement, le jeu de balle était un drame liturgique représentant le sacrifice rituel et la régénération du cosmos, la victoire de la vie sur la mort et du Soleil sur le monde des ténèbres (Xibalba. Le sang du joueur sacrifié était l'offrande suprême nourricière destinée à fertiliser la terre et à assurer la venue des pluies et la pousse du maïs. La transformation symbolique des jets de sang en serpents et en plantes fleuries témoigne de la croyance maya en la continuité de la vie à travers la mort. Le sang offert n'est pas une perte mais la semence d'une nouvelle récolte.
Cette iconographie fait directement écho aux récits mythologiques du Popol Vuh (livre sacré des Mayas K'iche'), racontant l'histoire des Jumeaux Héroïques (Hunahpu et Xbalanque) qui affrontèrent les Seigneurs de l'Infra-monde au jeu de balle, subissant la décapitation avant de triompher et de ressusciter.
Le Temple des Guerriers et le Groupe des Mille Colonnes
Cette photographie offre une vue générale du Temple des Guerriers (Templo de los Guerreros) et du Groupe des Mille Colonnes sur le site archéologique de Chichén Itzá, au Yucatán (Mexique).
Au centre-arrière de l'image se dresse la pyramide à degrés formée de quatre terrasses superposées. Au sommet trône le temple supérieur, le Temple des Guerriers (Templo de los Guerreros) dont le portique d'entrée est encadré par les fameuses colonnes en forme de serpents à plumes (que nous observions en gros plan précédemment). C'est également là que se trouve la fameuse statue du Chac Mool, disposée devant l'accès au sanctuaire.
Au pied de la pyramide et s'étendant sur son flanc droit se dresse une vaste forêt de piliers et colonnes de pierre, le Groupe des Mille Colonnes (Grupo de las Mil Columnas). Ces colonnes soutenaient à l'origine une immense toiture en charpente et stuc qui abritait de grands espaces de rassemblement civils, administratifs et rituels.
Cet ensemble illustre l'influence de Tula et de la culture toltèque sur Chichén Itzá à la période Postclassique ancienne avec l’abandon des façades Puuc intégrales au profit de grands portiques ouverts et de colonnades pour accueillir la foule, et une iconographie axée sur la caste militaire (guerriers sculptés en bas-relief sur les piliers) et sur le culte de Kukulkan (le Serpent à Plumes).
L’entrée du Temple des Guerriers (Templo de los Guerreros)
La colonne-serpent à plumes (Kukulcán) avec la tête au sol (à la base) dont on aperçoit la gueule ouverte d'un serpent en pierre sculptée. Le corps (le fût) représente le corps du serpent. La queue relevée (le chapiteau), tout en haut de la colonne, forme un angle droit vers l'extérieur et se termine par la queue à sonnettes (rattlesnake) du serpent. Cette queue relevée en équerre servait d'appui (linteau) pour soutenir le plafond de la salle. Les pilastres carrés, à côté des colonnes-serpents, présentent des reliefs sculptés représentant des guerriers toltèques richement parés (coiffures de plumes, pectoraux).
En arrière-plan à droite, la façade intérieure montre des masques de Chaac superposés aux nez crochus. Ce mélange entre l'iconographie Puuc (masques de Chaac) et l'iconographie toltèque du centre du Mexique (serpents à plumes, guerriers) est le trait distinctif de la période tardive de Chichén Itzá.
Cette photo illustre la rupture stylistique nette entre le style Puuc pur (que l'on a précédemment observé à Kabah ou à Uxmal), centré sur l'horizontalité et la mosaïque géométrique, et le style Maya-Toltèque de Chichén Itzá.
La Statue de Chac Mool
Implantée au sommet du Temple des Guerriers (Templo de los Guerreros), l'œuvre s'inscrit dans un cadre architectural imposant, caractérisé par une forêt de piliers quadrangulaires sculptés de bas-reliefs représentant la caste militaire et l'élite sacerdotale.
Le personnage, taillé dans un bloc de pierre calcaire locale, adopte la posture hiératique et singulière propre aux statues dites de Chac Mool, nom forgé au XIXᵉ siècle par l'explorateur Augustus Le Plongeon mais dont la dénomination maya originelle demeure inconnue.
Sur le dos, le buste et la tête redressés à angle droit pour faire face au spectateur, la figure replie ses jambes et maintient à hauteur de l'abdomen un réceptacle circulaire concave, fréquemment identifié au cuauhxicalli de la tradition du Mexique central. Ce dispositif scénographique et liturgique conférait à la statue un rôle d'intermédiaire sacré : positionnée au seuil du sanctuaire suprême, elle servait de socle d'offrandes destinées à apaiser ou honorer les divinités, accueillant résine de copal, pierres précieuses, sang ou cœurs issus de rituels sacrificiels.
L'omniprésence de ce motif typologique à Chichen Itza, partagé de manière symétrique avec la cité de Tula dans l'État de Hidalgo, offre un témoignage des intenses dynamiques d'hybridation culturelle et stylistique qui ont uni le monde maya septentrional aux traditions artistiques et religieuses de l'Anahuac aux influences Toltèque marquant l'émergence d'un langage visuel d'une grande puissance symbolique.
Le Cénote Sacré
Cette photographie montre le Cénote Sacré (Cenote Sagrado, également connu sous le nom de Cénote des Sacrifices).
Il se situe au bout d'un vaste sacbé (chaussée cérémonielle surélevée) de 300 mètres partant vers le nord depuis la pyramide de Kukulcán (El Castillo). C'est un cénote ouvert de forme circulaire, effondrement kartsique typique de la péninsule du Yucatán, aux parois calcaires abruptes s'enfonçant jusqu'à une nappe d'eau stagnante sombre. Ses parois verticales mesurent environ 20 à 22 mètres de haut, et le plan d'eau s'étend sur une soixantaine de mètres de diamètre.
Pour les Mayas, les cenotes n'étaient pas de simples réserves d'eau douce : ils constituaient les ouvertures sacrées vers l'Infra-monde (Xibalba), la demeure des divinités de la pluie, de la fertilité et du monde souterrain, notamment le dieu Chaac.
Ce cénote particulier servait de sanctuaire majeur de pèlerinage dans toute la région mésoaméricaine pendant des siècles. En période de sécheresse ou pour obtenir les faveurs divines, des prêtres y jetaient d'inestimables offrandes matérielles (objets en or, jade sculpté, ambre, turquoise, poteries, outils rituels en obsidienne) ainsi que des sacrifices humains (hommes, femmes et enfants).
Les dragages conduits au début du XXᵉ siècle (notamment par Edward H. Thompson) et les campagnes de plongée archéologique sous-marine ultérieures ont permis d'extraire du fond vaseux des milliers d'artefacts précieux provenant de toute la Mésoamérique (parfois importés depuis le Guatemala, le Panama ou la Colombie), attestant du rayonnement religieux exceptionnel de ce lieu.
Le cliché met en valeur la stratification horizontale des couches de roches calcaires qui composent le sous-sol du Yucatán. L'eau verdâtre au fond et la végétation accrochée aux parois rocheuses restituent l'atmosphère mystérieuse et monumentale de cette cavité naturelle intégrée au cœur du complexe cérémoniel de Chichén Itzá.