4. Monte Albán

 

L’acropole zapotèque, puis mixtèque, de Monte Alban se situé à 400 mètres au-dessus de la vallée d’Oaxaca.



L'ensemble architectural du centre cérémoniel de Monte Albán, métropole maîtresse de la civilisation zapotèque, s'insère au sommet d'un arasement d'origine anthropique, dominant un relief escarpé bordé d'une végétation semi-tropicale et de formations boisées. Les horizons lointains laissent apercevoir les massifs montagneux ceinturant la dépression centrale.

La structure urbaine s'articule autour d'un vaste espace central rectangulaire, la Grande Place, délimité par une succession de terrasses, de tertres et d'édifices pyramidaux à vocation cérémonielle et politique.

Au point septentrional du complexe s'élève la Plateforme Nord, une acropole majeure desservie par un escalier monumental à degrés, regroupant un réseau de structures d'apparat ainsi que le complexe résidentiel de l'élite dirigeante, communément désigné sous l'appellation du Palais.

À l'opposé, fermant l'axe méridional de la place, la Plateforme Sud dresse une structure pyramidale massive d'une imposante stéréotomie constituant l'une des éminences les plus imposantes du site.

Parmi les édifices intermédiaires, le Bâtiment J, disposé selon une orientation divergente au sud-ouest de la place, présente une géométrie pentagonale singulière interprétée comme un observatoire à visée astronomique. Sur le flanc occidental, les complexes dits Système IV et Système M s'organisent autour de cours quadripartites fermées, enserrées par des plateformes cérémonielles. Le sous-ensemble comprend également divers monticules échelonnés le long des bordures, faisant office de socles rituels ou de substructures administratives. Enfin, au nord-est, le Terrain de Jeu de Balle I délimite une allée centrale entre deux structures parallèles dévolues aux pratiques ludico-rituelles.

Les spécificités constructives zapotèques du site se caractérisent par l'usage systématique du profil à mouluration Talud-Tablero, l'agencement de plateformes étagées et l'emploi d'une maçonnerie calcaire adaptée aux contraintes orographiques du site.


Vallée d’Oaxaca depuis l’acropole




Première vue de Monte Albán : crête aplanie, cactus, vallée en contrebas. Le site zapotèque, occupé dès 500 av. J.-C., domine d’environ 400 mètres les trois bras de la vallée.

J’ai cadré d’abord le rapport du monument au paysage (avec la Sierra Madré au fond), avant les bâtiments.


Ciel et vue plongeante sur le site Zapotèque




Presque un ciel seul, avec la ligne du plateau. J’ai souhaité faire une photographie d’atmosphère. Elles sont fréquentes dans mon carnet de voyage quand le site impressionne et que la lumière change.

On devine, dans l’ombre, le site archéologique de Monte Albán, l'ancienne capitale zapotèque située dans l'État de Oaxaca.

L'image montre les structures en terrasses et les vestiges de ce site perché sur une colline artificielle au sommet aplati, dominant la vaste vallée de Oaxaca. À l'arrière-plan, on aperçoit les chaînes de montagnes de la Sierra Madre qui encadrent la vallée.


L’esplanade sommitale




Structures basses au premier plan, vallée cultivée au fond : on est sur l’esplanade sommitale, nivelée par les bâtisseurs au prix d’un terrassement considérable. La ville n’a pas d’avenue unique, contrairement à Teotihuacan : une place centrale, des plates-formes autour.

Les principaux éléments de ces vestiges sont :

  • La Plateforme Sud : C'est la structure imposante en arrière-plan. Il s'agit de la plus grande construction du site, accessible par un large escalier monumental bordé de chaque côté par deux panneaux inclinés (talud) caractéristiques du style architectural zapotèque.

  • La Grande Place (Gran Plaza) : L'espace dégagé au premier plan, recouvert d'herbe, forme le cœur politique, religieux et cérémoniel de la cité zapotèque.

  • Les stèles gravées : Au pied et le long des parois de cette plateforme se trouvent plusieurs stèles sculptées comportant des hiéroglyphes zapotèques représentant des conquêtes, des événements historiques et des figures de dirigeants.


La place principale




Sur cette photo prise depuis le sommet de la Plateforme, on observe une vue panoramique orientée vers le nord-est surplombant la Grande Place et la vallée de Oaxaca.

On distingue :

  • Au premier plan : Les escaliers et les murets en pierre sculptée ou les vestiges de structures secondaires qui bordent la Grande Place.

  • À droite : Le Système IV, l'une des structures pyramidales alignées le long de la place principale, dotée de terrasses superposées typiques de l'architecture zapotèque.

  • À gauche et au centre-gauche : D'autres monticules et plates-formes explorés du site archéologique, reliés par de petits sentiers qui traversent l'esplanade.

  • À l'arrière-plan : Les chaînes de montagnes majestueuses de la Sierra Madre del Sur qui ferment la vallée de Oaxaca sous un ciel nuageux.


Escaliers et murs de soutènement




Le Jeu de paume (Juego de Pelota) de Monte Albán, se structurant ainsi :

  • La forme en « I » (ou en double T) : C'est le terrain de jeu rituel mésoaméricain classique, délimité par des parois latérales.

  • Les murs inclinés (talud) : À droite et à gauche, on distingue nettement les grandes structures en pente faites de pierres ajustées sur lesquelles la balle en caoutchouc rebondissait pendant le jeu rituel.

  • Les gradins et plates-formes : Autour de la cour centrale, les terrasses et structures surélevées permettaient aux spectateurs, à la noblesse ou aux prêtres d'observer le rituel cérémoniel.


Ensemble palatial




On retrouve ici la majestueuse Plateforme Sud en arrière-plan, dominant la Grande Place (Gran Plaza).

Au premier plan, on aperçoit les vestiges de structures en pierre plus basses et de fondations de pièces ou de patios résidentiels et/ou administratifs fouillés sur le site

Les bâtiments bas autour d’une cour semblent avoir fait l’objet d’une restauration déjà ancienne. On est dans le système de plates-formes qui ferme la place.

La lumière dure de midi écrase les reliefs — d’où, ensuite, les gros plans sur les stèles.


Colonnes sur une des plates-formes




Fûts reconstruits et escalier d’accès : plusieurs bâtiments de Monte Albán ont reçu des colonnes lors des restaurations d’Alfonso Caso (années 1930-1940).

Le cliché montre l’état du site en 1978 le reçoit : moitié ruine, moitié restitution.


Montée vers une pyramide




L’allée est bordée par les structures pyramidales et les terrasses en pierre à degrés typiques de l'architecture zapotèque, avec quelques visiteurs qui parcourent le site : l’échelle humaine revient, comme à Teotihuacan pour permettre de se faire une idée des dimensions des édifices se dressent en gradins successifs le long des esplanades de cette ancienne cité perchée.

Le ciel bleu tranche avec les gris de la vallée de Mexico.


Pyramide en pierre sèche




Front de pyramide peu restauré, moellons apparents, escalier étroit : C’est le Monte Albán moins « mis au propre », et peut-être le plus fidèle à l’état de la découverte. Je me suis approché jusqu’à remplir le cadre.


Les Danzantes




Ces bas-reliefs en pierre gravée proviennent appartiennent au célèbre groupe de sculptures connu sous le nom des « Danzantes » (Les Danseurs).

Il s'agit de dalles de pierre calcaire sur lesquelles sont sculptées des figures humaines en bas-relief. Les corps sont représentés de manière réaliste mais souvent dans des postures contorsionnées, asymétriques ou fléchies, parfois les yeux fermés ou la bouche ouverte, évoquant des expressions de douleur, de transe ou d'agonie. Certains portent des coiffes ou des glyphes calendaires et nominaux gravés à proximité.

Contrairement à ce que leur nom populaire suggère (donné par les habitants locaux et les premiers explorateurs qui croyaient voir des danseurs en mouvement), ces personnages ne dansent pas.

Aujourd'hui, les archéologues s'accordent à dire qu'ils représentent des captifs de guerre ennemis, souvent de rang élevé (dirigeants ou guerriers d'autres cités-États rivales). Ces prisonniers sont torturés, mutilés ou sacrifiés. Les torsions bizarres et l'absence de vêtements élaborés soulignent leur statut de captifs déchus et humiliés.

Des glyphes et des inscriptions hiéroglyphiques accompagnant parfois les corps, qui désignent probablement le nom des victimes ou des lieux conquis.

Pourquoi sont-elles là ? Elles ont une fonction politique et propagandiste : Ces stèles étaient originellement insérées dans les murs d'un bâtiment spécifique de Monte Albán (le Bâtiment J). Elles servaient de monument de propagande politique pour asseoir la puissance militaire de la cité zaponèque. En exposant les ennemis capturés et soumis au grand jour, les dirigeants affirmaient leur domination sur la région.

Elles sont aussi un témoignage de conquête : C'est une façon de pérenniser la victoire et de rappeler aux visiteurs ou aux rivaux potentiels le sort réservé à ceux qui s'opposaient à Monte Albán.


Stèles d’écriture hiéroglyphique zapotèque


Monte Albán est l’un des premiers centres à combiner image et écriture en Mésoamérique. La lumière rasante, cherchée ou fortuite, fait sortir le relief de cette écriture.




Ce cliché montre les stèles d’écriture hiéroglyphique zapotèque liées aux « Danzantes » qui sont en fait des « plaques de conquête ».

Contrairement aux pierres précédentes qui mettaient en scène des figures humaines complètes dans des postures contorsionnées, ces blocs présentent des colonnes d'inscriptions hiéroglyphiques et glyphiques gravées en bas-relief dans des cartouches. On y observe une combinaison de signes calendaires, de glyphes toponymiques (noms de lieux) et de têtes stylisées ou masques inclinés vers le bas.

Ces dalles font partie de ce que l'archéologue Alfonso Caso a identifié comme les plaques de conquête de Monte Albán (principalement associées au Edificio J, le bâtiment en forme de pointe de flèche).

En écriture zapotèque, une tête humaine stylisée ou le visage d'un dirigeant représenté à l'envers (la tête en bas) symbolise un chef vaincu, tué ou soumis.

Le motif en forme de "U" inversé ou de pyramide sert d'indicateur toponymique signifiant lieu ou colline/cité.

Les motifs sculptés au-dessus du glyphe du lieu indiquent le nom spécifique de la région, du village ou de la cité-État soumise par Monte Albán lors de ses campagnes d'expansion territoriale (Monte Albán II, environ 100 av. J.-C. – 200 apr. J.-C.).

Ces dalles fonctionnaient comme une chronique politique et géographique de l'expansionnisme zapotèque et participaient à la propagande et l’intimidation : Disposées sur la façade extérieure des édifices cérémoniels de la Grande Place, elles adressaient un message sans équivoque à toutes les ambassades et représentants des cités voisines : « Voici les territoires que nous avons soumis et dont les dirigeants ont été vaincus ».


Ensemble combiné de « Danzantes » et de glyphes




Cet ensemble met en scène une combinaison des deux éléments observés précédemment : des figures humaines (les « Danzantes ») encadrant une colonne d'inscriptions hiéroglyphiques.

La stèle de gauche représente un personnage debout, représenté de face avec la tête de profil. Ses jambes sont légèrement fléchies et écartées, une posture typique des « Danzantes ». On distingue nettement des ornements corporels, de la peinture ou des incisions sur le torse, ainsi qu'une coiffe.

La stèle centrale comporte une double colonne de glyphes calendaires et toponymiques gravés en relief.

La stèle de droite montre une autre figure humaine en position debout, la tête tournée vers la gauche, tenant des objets ou montrant des ornements au niveau de la poitrine et de la ceinture.

Cet alignement illustre l'association directe entre la captivité/humiliation des ennemis et la chronologie/localisation de la victoire. Les personnages encadrants sont des dirigeants, des chefs militaires ou des prêtres rivaux capturés. Contrairement aux figures entièrement nues ou torturées en position allongée, certains captifs de haut rang conservent quelques insignes déchus de leur autorité avant d'être rituellement exécutés ou sacrifiés. Le texte sur la dalle gravée au centre fournit le contexte rituel ou historique : elle indique la date exacte (dans le calendrier rituel zapotèque de 260 jours ou le calendrier solaire) et le nom des entités politiques ou des seigneurs vaincus.

Ces stèles ont une fonction commémorative et monumentale, formant la façade sculptée d'un édifice (principalement le Bâtiment des Danzantes / Bâtiment L). Elles composaient une véritable frise murale narrative destinée à être lue par les visiteurs de la Grande Place. Elles sont aussi une affirmation du pouvoir divin et politique : L'association d'un texte écrit officiel (les glyphes) avec des images de captifs démontre l'institutionnalisation de la guerre et du sacrifice sous la dynastie zapotèque de Monte Albán.

Ces stèles datent principalement de la phase Monte Albán I (environ 500 av. J.-C. à 100 av. J.-C.), époque où le site s'impose comme la capitale dominante de la vallée d'Oaxaca. La dalle centrale comporte des chiffres représentés sous forme de points (unités) et de barres (valeur 5), préfigurant les systèmes de numération qui seront plus tard perfectionnés par les Mayas.