13. Kabah

Le site de Kabah a été Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1996 aux côtés d'Uxmal, objet de l’étape suivante du voyage. Il se distingue par la richesse et l'exubérance de son architecture sculptée.

Érigée au cœur des collines calcaires du nord de la péninsule du Yucatán, la cité précolombienne de Kabah constitue l’un des témoignages de la civilisation maya tardive. Florissante principalement entre le VIIIe et le Xe siècle, cette métropole de la région Puuc s'est développée dans un environnement hostile, dépourvu de cours d'eau en surface et de puits naturels. Pour surmonter cette contrainte environnementale, ses bâtisseurs ont fait preuve d'une ingénierie hydraulique remarquable en façonnant de vastes citernes souterraines enduites de stuc, appelées chultunes, destinées à capter et conserver les eaux de pluie vitales pour la communauté. La cité vénérait donc particulièrement Chaac, le dieu maya de la Pluie.


Plan archéologique de Kabah





La composition s'articule autour des édifices majeurs du site, restitués selon les canons de l'architecture précolombienne locale : le Codz Poop ou Palais des Masques, caractérisé par son soubassement à degrés et sa longue façade ornée, l'imposante masse du Grand Palais (El Palacio), le Temple des Colonnettes et l'ensemble de l'Acropole Ouest.

La cité était directement reliée à sa puissante voisine Uxmal par un sacbé, une large chaussée sacrée en pierre blanchie longue de dix-huit kilomètres. Le point d'origine de cet axe majeur est marqué par une majestueuse arche indépendante, véritable porte triomphale qui matérialisait la frontière de la cité tout en symbolisant les alliances politiques, économiques et spirituelles qui unissaient les grandes métropoles de la région.

Habitée dès le IIIᵉ siècle av. J.-C., la cité a connu son apogée architectural entre 700 et 1000 apr. J.-C. Le nom précolombien Kabah (ou Kabahaucan) est fréquemment traduit par « main forte » ou « la main du seigneur serpent ».


Palais des Masques (Codz Poop)





Je n’ai malheureusement pas fait de meilleur cliché de cette façade du Palais de Masques. En 1978, le site archéologique était plus sauvage et romantique, partiellement effondrée et en ruine, où la magnificence des masques de Chaac se devinait à travers des pans de murs préservés et des amas de pierres sculptées, bien loin de la frise continue et impressionnante visible après les grandes campagnes de restauration contemporaines.

Sur le cliché, on observe clairement que les superstructures et les niveaux supérieurs du Codz Poop étaient encore largement effondrés ou très dégradés, recouverts de gravats, de blocs désordonnés et d'une végétation spontanée. Si la façade principale ouest laissait déjà apparaître des alignements de masques de Chaac sculptés autour des baies d'accès rectangulaires, une très grande partie des blocs sculptés constituant ces dizaines de masques gisaient encore au sol, dans les éboulis au pied du soubassement, ou restaient enfouis sous la terre. La Lisibilité des masques était très limitée. La plupart des fameux nez trompiformes en saillie (les rostres recourbés de Chaac) étaient cassés ou absents sur de larges sections de la façade.

Au cours des travaux d'archéologie et de consolidation menés par l'INAH (Instituto Nacional de Antropología e Historia) à la fin du XXe siècle, le site a bénéficié d'une campagne de restauration systématique. Les archéologues ont méthodiquement réinventorié, nettoyé et réassemblé les centaines de blocs de pierre sculptée dispersés sur le sol pour reconstituer la mosaïque faciale sur les registres effondrés (cf. image ci-dessous). Le grand soubassement à degrés a été consolidé et dégagé des éboulis pour redonner à l'édifice son assise monumentale d'origine.



Une bien meilleure photo a été faite de la façade du Palais de Masques :



Photo d’Alain Gondouin

La photo image montre un état intermédiaire de la restauration du Codz Poop (fin des années 1970)

On constate que si la partie basse de la façade et le soubassement avaient déjà été remontés et consolidés, tout le registre supérieur restait à restaurer à partir des milliers de blocs sculptés qui gisaient au pied du monument.

Le cliché illustre le principe constructif maya du Puuc : une âme massive en pierre et mortier recouverte d'un parement décoratif en mosaïque de pierre finement taillée.


Codz Pop, masques de Chaac





Ce détail montre un angle supérieur du Codz Poop (Palais des Masques) à Kabah, mettant en évidence les sculptures en haut-relief et en mosaïque de pierre qui caractérisent l'architecture du style Puuc.

L'élément le plus spectaculaire de ce cliché sont les nez recourbés allongés et recourbés en saillie (Rostres) du dieu de la pluie, Chaac. Les masques ne sont pas sculptés dans un seul bloc monolithique, mais sont constitués d'une mosaïque (Asamblaje) d'éléments en pierre calcaire taillés individuellement (yeux au cadre carré, paupières, crocs, plaques frontales) puis emboîtés sur la façade comme un puzzle tridimensionnel. Les détails iconographiques de l'effigie sont les yeux (représentés par des blocs carrés évidés au centre), le front et le diadème (surmonté de motifs géométriques et d'enroulements symbolisant les nuages, les éclairs et la foudre), les volutes et boucles d'oreilles (Orejeras) que sont les éléments circulaires de part et d'autre des visages stylisés.

Dans la région du Puuc, dépourvue de rivières de surface et entièrement dépendante des pluies saisonnières, la figure de Chaac revêt une importance vitale. La répétition obsessionnelle de son effigie sur l'ensemble de la façade du Codz Poop fonctionnait comme un rituel permanent destiné à invoquer la pluie et à assurer la fertilité des terres.